Au 4 rue Saint-Blaise, au cœur d’Alençon, se cache derrière une façade familière un décor remarquable du XIXe siècle. Ancien café emblématique de la ville, La Renaissance raconte à elle seule plusieurs siècles d’histoire alençonnaise. De l’auberge qui occupait autrefois cet emplacement au décor inspiré de la Renaissance française, de la fermeture du café à sa protection au titre des Monuments historiques, partons à la découverte de ce lieu singulier.
Avant La Renaissance : une auberge rue Saint-Blaise
L’histoire du site commence bien avant l’ouverture du Café de la Renaissance.
La documentation historique réalisée à l’occasion des Journées européennes du patrimoine indique qu’une Auberge du Maure occupait l’angle des rues Saint-Blaise et Cazault, face à l’ancienne porte de Sées, de 1634 à 1839.
Une source disponible en ligne confirme plus largement la présence d’une auberge à cet emplacement dès le XVIIe siècle ainsi que la construction du bâtiment actuel en 1839.
La documentation locale associe également les lieux à Honoré de Balzac en 1828 : l’écrivain s’en serait inspiré pour décrire le repaire du chouan Marche-à-Terre.
En 1839, l’ancienne auberge est démolie et les immeubles actuels sont construits.
Note documentaire : les précisions « Auberge du Maure », « 1634-1839 » et le lien avec Balzac proviennent des panneaux historiques communiqués pour les Journées européennes du patrimoine. Je n’ai pas trouvé à ce stade de source patrimoniale en ligne indépendante permettant de confirmer avec la même précision ces trois informations.
De L’Alcazar à La Renaissance
Dès 1840, un nouveau café ouvre à cet emplacement sous le nom de L’Alcazar, selon cette même documentation historique.
Une partie de ce premier décor aurait d’ailleurs subsisté derrière les aménagements réalisés quelques années plus tard.
Le tournant décisif intervient en 1853, lorsque le propriétaire, Charles Petithomme, commande à Achille Oudinot un nouveau décor inspiré de la Renaissance.
En 1855, l’établissement est attesté sous le nom de Café de la Renaissance. Cette date est cette fois confirmée par les sources patrimoniales disponibles en ligne.
Achille Oudinot, un artiste alençonnais aux multiples talents

Le décor de La Renaissance est associé à une personnalité particulièrement intéressante du XIXe siècle : Achille François Oudinot (1820-1891).
Né à Damigny, près d’Alençon, Oudinot est connu comme peintre paysagiste, dessinateur et décorateur. Le Musée d’Orsay confirme sa naissance en 1820, son décès en 1891 et sa présence au Salon entre 1845 et 1876.
Oudinot travaille également avec l’architecte Paul Lebart. Les recherches de Jean-David Desforges sur leur collaboration montrent l’importance du vocabulaire architectural de la Renaissance dans leurs réalisations. Oudinot se spécialise notamment dans les ornements allégoriques et architecturaux et intervient également sur les extensions du Louvre.
Cette culture artistique permet de mieux comprendre le décor créé pour le café alençonnais.
Un étonnant décor inspiré de la Renaissance française
C’est en entrant dans les salles du rez-de-chaussée que l’on comprend véritablement l’intérêt patrimonial du lieu.
Le décor s’inspire de la seconde Renaissance française des années 1530. Les sources patrimoniales décrivent des lambris peints, des pilastres ornés de disques et d’entrelacs, des chapiteaux corinthiens, des miroirs, des niches contenant des aiguières sculptées en haut-relief et des caissons peuplés de grotesques.
On y rencontre notamment des figures d’amours, des visages humains et des feuillages entrelacés.
L’un des grands caissons représente également les armoiries de la ville d’Alençon portées par deux amours.
Il ne s’agit donc pas d’un décor datant réellement du XVIe siècle, mais d’une réinterprétation du XIXe siècle de l’art de la Renaissance française.
C’est précisément ce dialogue entre deux époques qui fait une grande partie de l’originalité du lieu.
La Renaissance, témoin de l’histoire d’Alençon

La Renaissance n’est pas seulement remarquable pour son décor. Pendant plus d’un siècle et demi, le café participe à la vie de la ville.
On en trouve d’ailleurs des traces parfois inattendues dans les archives. En 1935, par exemple, le Café de la Renaissance, au 4 rue Saint-Blaise, accueillait les réunions du Cercle d’échecs d’Alençon les mardis et samedis soir.
La documentation présentée pour les Journées européennes du patrimoine mentionne également un épisode beaucoup plus ancien : lors de l’occupation prussienne d’Alençon en janvier 1871, l’état-major prussien aurait célébré dans l’établissement la chute de la ville. Ce point mérite toutefois d’être référencé à partir du document historique original dans la version publiée de l’article.
Au fil du temps, l’intérieur évolue également. Dans les années 1970, l’installation d’un bar modifie l’unité des deux salles historiques.
2008 : La Renaissance ferme ses portes

Après plus d’un siècle et demi d’activité, le café ferme en mai 2008. Plusieurs sources donnent précisément la date du 23 mai 2008.
Mais cette fermeture va être suivie d’une étape essentielle pour la conservation du lieu.
Le 2 février 2009, les deux grandes salles du rez-de-chaussée, leurs décors et le mur de refend les séparant de l’arrière-salle sont inscrits au titre des Monuments historiques. La référence patrimoniale de l’édifice est PA61000057.
La protection reconnaît ainsi officiellement la valeur patrimoniale de cet ancien café alençonnais.
Vers une nouvelle vie pour La Renaissance

Après de longues années de fermeture et plusieurs projets de réhabilitation, l’ensemble immobilier entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de son histoire.
La Ville d’Alençon a acquis l’ensemble, dans le cadre d’un projet mené avec Orne Habitat et la Foncière de Normandie, avec le soutien de l’État. Le programme prévoit notamment la création de 13 logements sociaux dans les étages ainsi que des espaces commerciaux au rez-de-chaussée, avec l’objectif de faire revivre la brasserie et son décor protégé.
L’enjeu est donc double : préserver un décor historique exceptionnel tout en redonnant une fonction contemporaine au bâtiment.
Et le nom du café prend aujourd’hui une résonance assez particulière.
En 1855, La Renaissance évoquait le style artistique choisi pour son décor. Plus de 170 ans plus tard, le bâtiment s’apprête lui-même à connaître une nouvelle renaissance.
Sources
Pour ton site, je mettrais une vraie section « Sources et pour aller plus loin » en bas de l’article :
Ville d’Alençon — documentation municipale et présentation des monuments historiques de la ville. La documentation municipale confirme notamment l’attestation du café en 1855, la description du décor et son inscription en 2009.
Ville d’Alençon
Ministère de la Culture / base patrimoniale — Café La Renaissance, PA61000057 — protection des deux salles, description détaillée du décor et historique.
Fiche patrimoniale du Café La Renaissance
Musée d’Orsay — Achille François Oudinot — données biographiques sur Oudinot (1820-1891).
Notice Achille François Oudinot — Musée d’Orsay
Jean-David Desforges, recherches sur Paul Lebart et Achille Oudinot — éléments concernant leur collaboration, le vocabulaire Renaissance et les travaux d’Oudinot.
Ville d’Alençon, « Une seconde vie pour l’îlot Renaissance » — projet contemporain de réhabilitation, logements et locaux commerciaux.